En 1964, l’or olympique du Japon propulse le volleyball au cœur des foyers. Quatre ans plus tard, Chikae Ide transforme cet élan sportif en manga de révolte. Avec Viva! Volleyball, ses héroïnes brisent les clichés sur la femme japonaise docile.
Publié dans Ribon en 1968, le récit suit Chie Hosokawa, collégienne qui grandit grâce au sport. Ide revient sur une œuvre liée au shōjo manga, au féminisme et à la représentation des femmes.
Cette vidéo permet de replacer le volley japonais dans son histoire sportive et culturelle.
Chikae Ide et la révolution de Viva! Volleyball
La victoire japonaise aux Jeux de Tokyo nourrit alors un vaste engouement pour le volleyball féminin au Japon. Les magazines lancent plusieurs séries sportives destinées aux jeunes lectrices. Ide travaille pour Ribon, revue lue par les collégiennes. Son manga paraît d’abord sous forme de chapitres, avant une publication en volumes reliés.
Au départ, la rédaction prévoit trois chapitres pour tester le lectorat. Le succès prolonge la série, publiée de 1968 à 1971 dans Ribon. Chie, d’abord timide, forme une équipe avec son amie Eko. Le groupe progresse, affronte des adversaires redoutables et vise les sommets.
Des héroïnes qui refusent les clichés de genre
À l’époque, bien des shōjo privilégient les robes et les drames familiaux. Ide préfère le mouvement, la tension et les conflits intérieurs. Elle lit aussi des mangas masculins, dont Sasuke, signé Sanpei Shirato. Cette énergie nourrit une nouvelle force narrative, sans effacer la sensibilité propre à son récit.
Sur le terrain, ses joueuses plongent, se blessent et saignent. Elles ne sont pas réduites à leur apparence ni à leur douceur. Ide voulait montrer des filles capables de dire leurs choix. Leur corps en action contredit les attentes imposées à la femme japonaise de son époque.
Ce reportage vidéo retrace aussi la place du volleyball dans la culture japonaise.
Le « fight-oh » des entraînements exprime deux combats à la fois. Il désigne l’effort sportif, mais aussi la lutte pour exister librement. Les joueuses cherchent la victoire, sans laisser leur destin aux normes sociales. Le sport féminin devient ainsi le moteur d’une affirmation personnelle.
Cette lecture relie le manga à une transformation sociale plus large. Dans la société japonaise, les femmes subissent encore des discriminations. Ide donne à ses personnages une parole directe et une ambition visible. Le match devient une scène de liberté, bien au-delà du score.
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De l’héritage du manga au regard de Gucci
Selon Ide, les autrices ont ensuite gagné accès à des genres autrefois réservés aux hommes. Elle cite Demon Slayer comme exemple d’un récit porté par une créatrice. Le parcours de cette série montre aussi le rôle des éditeurs. Les portes du manga se sont élargies, même si cette évolution fut progressive.
Le parcours personnel d’Ide éclaire cette longue carrière. Son autobiographie Pen ni Ribon o revient sur son travail et sa famille. Elle décrit aussi une période de production très dense. À son apogée, elle dessinait près de quatre cents pages par mois pour plusieurs revues.
Une œuvre qui traverse les générations
En 2018, Gucci reprend une double page de Viva! Volleyball pour une collection. Ide dit avoir été surprise par cette sollicitation venue de Tokyo. L’œuvre rejoint alors un univers éloigné du magazine Ribon. Cette rencontre inattendue avec la mode révèle sa portée internationale.
La série s’inscrit aussi dans l’histoire du manga sportif japonais. Ide évoque l’influence de son énergie sur d’autres autrices. Elle cite notamment Attack No. 1 et Sign wa V. Son héritage tient autant à la représentation des femmes en action qu’aux matchs.
Pour les lecteurs d’aujourd’hui, l’œuvre conserve une force simple : ses héroïnes agissent. Elles échouent, progressent et refusent la réserve que leur époque attend. Cette liberté relie le passé à nos débats sur le féminisme. Leur combat garde toute sa netteté, même loin des terrains de 1968.

